Au Cameroun, une série de meurtres à forts relents mystiques

Dans le quartier populaire de Mimboman, à Yaoundé, des cadavres de jeunes filles sont retrouvés mutilés. Des meurtres rituels selon les haitants, en cette année électorale importante au Cameroun. ©DR
31 janvier 13 - Depuis deux mois, des cadavres mutilés de jeunes femmes ont été découverts à Yaoundé. Les commanditaires de ces crimes, sur requête de leur marabout, seraient proches du pouvoir.

A Yaoundé, Mohamadou Houmfa/ InfoSud - « A distance, le cadavre de la jeune fille sentait déjà mauvais. Sa tête était défoncée, les policiers nous ont dit que son cerveau avait été extrait. » A coup sûr, Laurent Atangana, un riverain de Mimboman, un quartier populaire de Yaoundé, la capitale camerounaise, se souviendra du 10 janvier 2013. Avec des voisins, ils ont découvert près de l’école maternelle le corps d’une adolescente, affreusement mutilé. Et depuis deux mois, ils ne sont pas les seuls à se trouver confrontés à ces visions d’horreur dans la « ville aux sept collines », où s’entassent près de 2,5 millions de personnes.

Pas une semaine ne passe sans que le corps d’une femme, âgée de 15 à 30 ans selon les légistes, ne soit découvert. Souvent étudiantes, leurs cadavres en état de décomposition sont retrouvés en pleine broussaille, les jambes écartées, certains avec les orbites et le crâne défoncés, d’autres avec les parties génitales sectionnées… Une série de meurtres qui a obligé les autorités à sortir de leur habituelle réserve. « Entre le 2 décembre 2012 et le 10 janvier 2013, une vague de crimes spectaculaires a été commise dans l’arrondissement de Yaoundé 4 », a reconnu Issa Tchiroma, le ministre de la Communication.

Si le nombre de victimes fait débat – sept selon le gouvernement, une dizaine d’après la presse locale –, tous s’accordent pour parler de crimes rituels. Dans la capitale politique, on croit dur comme fer qu’il s’agit des « pratiques magico-diaboliques », selon Issa Tchiroma. « Le viol systématique, suivi dans bon nombre de cas de l’amputation de certaines parties du corps, se retrouve dans chacun des crimes », précise-t-il, citant les premiers éléments de l’enquête.

Année électorale…

Des indices qui ne sont pas anodins pour les riverains. A l’instar de Laurent Atangana, tous sont persuadés que « les auteurs de ces crimes les ont commis à des fins de sorcellerie. Le fait qu’on ait extrait des parties du corps montre bien qu’on a tué ces filles pour utiliser leurs organes. » Le docteur Mballa, sociologue camerounais, partage cet avis. « Dans notre pays, les gens restent fondamentalement animistes, même s’ils sont publiquement adeptes des religions catholique et musulmane. Et tout le monde sait bien que pour satisfaire les demandes de puissance et d’enrichissement de leur clientèle, les marabouts exigent souvent des sacrifices humains, ou des organes comme le sexe, le cœur, le cerveau, etc. »

Le recours à des faiseurs de sort est encore très présent en Afrique, notamment dans les sphères du pouvoir. Et le Cameroun n’échappe pas à la règle. « 2013 est une année électorale cruciale pour notre pays, avec les législatives, les municipales et les sénatoriales. Donc, comme à chaque approche d’un remaniement ministériel, quelques riches prétendants à de hautes responsabilités peuvent commanditer de tels crimes, sur requête de leur marabout. » Et le sociologue d’ajouter que « certains membres du corps humain sont considérés comme des sanctuaires de l’âme, alors que d’autres parties du corps sont prisées car elles irrigueraient une force vitale ».

Pour le moment, l’enquête se poursuit, très discrètement. Tout au plus sait-on que les premiers interpellés sont de nationalités camerounaise et étrangères. « Nous ne pouvons pas encore vous révéler leur identité précise, prévient le ministre de la Communication. Sachez que la police et la gendarmerie prennent le problème très au sérieux, et qu’une vingtaine d’arrestations ont eu lieu ces derniers jours. »

Au sommet de l’Etat

Pour une majorité de Camerounais, il ne fait aucun doute que le monde politique et celui des affaires sont étroitement liés à la sorcellerie. Une conviction fondée sur des témoignages de hautes personnalités. En 2012, Titus Edzoa, l’ancien secrétaire général de la présidence de la République, incarcéré aujourd’hui pour corruption, a publié un livre où il reconnaît l’existence de ces pratiques : « Boire tout frais du sang humain, c’est particulièrement excitant pour les caprices des démons. »

Avant cet ouvrage, un autre opus intitulé Au Cameroun de Paul Biya, écrit par Fanny Pigeaud, l’ancienne correspondante sur place de l’AFP et du quotidien Libération, évoquait déjà les rituels de sorcellerie pratiqués au sommet de l’Etat.

Pour lire d’autres articles sur un des thèmes abordés ici, utiliser la fonction «  recherche avancée »
Chartes  |  Qui sommes-nous ?  |  Impressum  |  contact
Palais des Nations, Bureau S-84  |  Avenue de la Paix 8-14  |  CH-1211 Genève 10  |  T: +41 22 917 29 30  
réalisé par vocables.com avec Spip
sommaire le temps L´Orient-Le Jour Geopolitis swissinfo LE COURRIER rue 89 Slate Afrique ipsnews