Burundi : le prospère commerce régional des déchets métalliques

Gérard Mfuranzima
20 mai 04 - Depuis cinq mois des commerçants burundais et rwandais exportent les déchets de métaux en Ouganda et au Kenya où ils sont recyclés dans les usines sidérurgiques.

Une opération rentable qui permet aussi une efficace nettoyage de Bujumbura, la capitale burundaise. Il pourrait bien s’étendre à d’autres villes de la région.

Sur la route nationale n°1 qui relie le Burundi au Rwanda, passent chaque semaine de gros camions surchargés de carcasses de voitures, de vieilles poutres rouillées et de déchets métalliques ramassés dans les quartiers de Bujumbura. Avec leur impressionnant chargement, ils attirent la curiosité des enfants comme des adultes sur leur passage. Ces camions vont jusqu’à Kampala en Ouganda ou à Nairobi au Kenya en traversant le Rwanda. Arrivés à destination, ces déchets sont recyclés par des industries sidérurgiques pour fabriquer des fers à béton, des tôles et autres matériaux de construction. Ce commerce prospère se développe depuis février dernier dans la capitale burundaise.

Trois commerçants de Bujumbura y sont particulièrement impliqués. Ismaël Ramazani, surnommé "Sancho", est le plus actif. Il parcourt les quartiers de Bujumbura à la recherche des déchets métalliques qu’il achète 10 Fbu le kilo (1 $ = 1100 FBu). “ Ce n’est pas compliqué de trouver ces restes de métaux, car ils sont éparpillés près des garages officiels et clandestins de Bujumbura, dans les cités, près des routes et des sentiers, dans des décharges publiques, près des marchés, dans des caniveaux ”, explique Sancho qui n’accepte pourtant pas n’importe quoi et commence par tester les déchets avec un gros aimant pour évaluer la quantité de métal utilisable avant de les acheter.

“ Ce commerce me permet de vivre décemment et de donner du travail aux autres ”, affirme-t-il non sans fierté. Tout couvert de sueur, cet habitant Buyenzi, à l’ouest de la capitale rencontré en train de ramasser des déchets jetés près d’un sentier en convient. Cette activité lui permet de payer les fournitures scolaires et les frais de scolarité pour ses deux enfants et une partie de la nourriture de sa famille. Il espère cependant que le prix au kilo va monter à mesure que la quantité des déchets va s’amenuiser. Avec deux tours par mois en moyenne à raison de près de 15 tonnes par camion, on estime à environ 150 t les déchets métalliques déjà ramassés à Bujumbura. Quelques commerçants se sont déjà organisés pour aller chercher ces mêmes déchets dans les villes de l’intérieur du pays et les regrouper au point de ramassage principal de Buyenzi dans la capitale. Des projets sont en cours pour étendre ce ramassage à d’autres villes de la sous-région, notamment à Uvira en République Démocratique du Congo.

Un rentable nettoyage de la ville

Les riverains de ces déchets se livrent à cœur joie à la vente de ces “ marchandises ” plutôt encombrantes. Les plus zélés vont jusqu’à les repêcher dans les rivières qui traversent la ville. Pour les responsables de l’environnement de la capitale, cette opération de ramassage des déchets métalliques est une bonne affaire puisqu’elle nettoie la cité. Dans les quartiers populaires comme Bwiza et Buyenzi, certaines zones ont déjà été débarrassées de tonnes et de tonnes de ferrailles qui obstruaient des rues. Ce nettoyage présente d’autres avantages, comme celui d’éviter que les métaux rouillent et polluent les eaux des rivières. “ Cela évite la pollution du lac Tanganyika, et par conséquent la migration des poissons vers les zones moins polluées des eaux des pays frontaliers ”, complète dit Barnabé Ndayikeza, un spécialiste de l’environnement qui craint le risque de diminution des poissons du lac Tanganyika sur les rivages du Burundi. Enfin, les enfants qui jouent pieds nus ne risquent plus de se blesser avec des métaux tranchants et d’attraper le tétanos. Pour Herménégilde Ntitangurarwa, dit “ Hermès ”, chargé du suivi de la convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontalier de déchets dangereux, le commerce qu’exercent les trois hommes d’affaires burundais et rwandais présente beaucoup d’avantages, d’autant plus qu’ils n’enfreignent pas cette convention. “ Au contraire l’exportation des déchets métalliques à partir du Burundi contribue à la salubrité de la ville, à la protection des écosystèmes ainsi qu’à l’économie du pays à travers la perception des taxes ”, affirme t-il. D’ailleurs, les commerçants affirment qu’ils n’ont jamais eu aucune difficulté à franchir les frontières avec leurs chargements et que les 800 Km de trajet se passent sans encombre. Ainsi le passage des postes frontaliers de Kanyaru - Haut entre le Burundi et le Rwanda ou de Gatuna entre le Rwanda et l’Ouganda n’est qu’une simple formalité.

InfoSud-Syfia Grands-Lacs/Gérard Mfuranzima

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