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"Des fonds vautours" exploitent les pays pauvres endettés
Washington, Eli Clifton/IPS - Les ONG – qui comprennent l’Association nationale pour l’avancement des personnes de couleur (NAACP), le ’Jubilee USA Network’ (Réseau du jubilé des Etats-Unis), le Forum TransAfrica, le Service mondial juif américain, l’Eglise méthodiste unie et ’Africa Action’ – veulent mettre un terme aux " transferts de prêt très peu scrupuleux des pays défavorisés vers les pays riches dans des fonds exploiteurs". Ces fonds qualifiés de vautours achètent les dettes des pays débiteurs à très bon prix et "font valoir de façon agressive leurs réclamations via la saisie des biens et la pression politique, réclament des remboursements qui dépassent de loin le montant qu’ils ont payé pour la dette", dénoncent les associations.. Les stratégies utilisées par ces fonds sont en contradiction directe avec les efforts internationaux d’annuler la dette des pays les plus pauvres au monde – une initiative qui a déjà permis d’annuler plus de 90 milliards de dollars de dette. "Depuis 1996, les pays donateurs – y compris les Etats-Unis – ont engagé 90 milliards de dollars dans l’allègement bilatéral et multilatéral des dettes de plus de 30 pays. Les fonds vautours profitent de l’allègement des dettes", a déclaré à IPS, Michael Stulman, directeur associé de la politique et de communications de ’Africa Action’. Ces fonds ont utilisé les tribunaux américains pour poursuivre en justice les pays pauvres pour les dettes qu’ils ont contractées dans le passé. Dans un cas cité dans une lettre cosignée par les membres de la coalition, l’entreprise ’FG Hemisphere Fund’ a poursuivi en justice, avec succès, la République démocratique du Congo (RDC) en réclamant 105 millions de dollars pour un prêt de 30 millions de dollars contracté en 1980 par le gouvernement tristement corrompu de Mobutu Sese seko. En conséquence, un juge à Washington a ordonné à la RDC de payer jusqu’à 80.000 dollars par semaine. "La RDC est en train d’être forcée à détourner ces ressources dédiées à la santé, à l’éducation, à la lutte contre le VIH/SIDA, et à l’accès à l’eau potable pour ses citoyens les plus pauvres pour rembourser des entreprises riches telles que ’FG Hemisphere’", a souligné Melinda St. Louis, directrice ajointe du Réseau de jubilé des Etats-Unis. Le jubilé est une alliance de 80 associations religieuses, d’agences de développement et œuvrant pour l’allègement de la dette. "Cela va complètement à l’encontre des progrès réalisés par les Etats-Unis et la communauté internationale en matière d’annulation de la dette, à travers l’initiative de la Banque mondiale en faveur des Pays pauvres très endettés (PPTE)", a indiqué St. Louis. Dans un autre jugement, la Zambie a été forcée de payer à ’Donegal International’ 15 millions de dollars sur une dette que Donegal a acquise à trois millions de dollars. Ce jugement représentait 60 % de l’allègement de la dette dont la Zambie a bénéficié en 2007. "Lorsque les fonds vautours poursuivent en justice pour ces montants exorbitants, ils sont en train d’emporter clairement l’argent qui devrait être investi dans la santé, l’éducation, les infrastructures et d’autres questions sociales, pour remplir les poches des investisseurs déjà riches", a déclaré Stulman. Dans une déclaration sur son site web, ’Donegal International’ avertit que la législation pour bloquer la capacité des fonds à poursuivre en justice les pays endettés causerait de graves dommages aux marchés secondaires de dettes. Elle forcerait aussi les prêteurs à accroître leurs taux d’intérêt sur des prêts sans garantie. "Si un pays devait changer ses lois pour empêcher un investisseur d’acheter la dette, et de la convertir ou de la récupérer, le prix plancher disparaîtrait et des réclamations par défaut sur les pays à revenu plus faible sérieusement endettés iraient à zéro. Plus important, les prêteurs seraient réticents à prêter aux pays appauvris sans garantie ou exigeraient un intérêt extraordinairement élevé sur leurs prêts", a affirmé l’entreprise. Les groupes de la société civile encouragent le Congrès à voter la résolution ’House Resolution (HR) 2932’ – introduite le 18 juin par Maxine Waters, la députée démocrate et le député républicain Spencer Bachus – qui limiterait la capacité des fonds vautours à utiliser les tribunaux américains pour engranger des profits exorbitants. "Nous ne pouvons pas permettre aux fonds vautours de détruire les progrès qui ont permis à bon nombre des nations les plus appauvries du monde de réduire leur pauvreté", a déclaré Waters à IPS, dans un courrier électronique. "Au cours de l’année passée, nous avons vu comment les actions d’un petit nombre d’investisseurs sans scrupules peuvent faire mal à des personnes innocentes et provoquer le chaos économique. Nous ne pouvons pas laisser les pays les plus pauvres du monde se faire exploiter par ces mauvais acteurs", a-t-elle expliqué. Sur la liste des 41 pays qui remplissent les critères du Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir l’allègement de leur dette, près de 20 ont été menacés ou l’objet de poursuites judiciaires par des fonds commerciaux qui tirent profit des prêts de recouvrement octroyés aux PPTE. La résolution servirait aussi bien à limiter les profits que les fonds pourraient tirer du commerce de la dette des PPTE qu’à exiger une transparence accrue des fonds ayant déposé des requêtes devant les tribunaux américains. Il serait aussi demandé aux fonds de révéler combien ils ont payé pour la dette sur le marché secondaire. Voir en ligne: End the Vulture Culture
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