FIFDH 2014 : le combat des résistants en Syrie primé à Genève

« Return to Homs », du syrien Talal Derki, a remporté le Grand Prix du FIFDH 2014. « Un film qui contribue à combattre l’indifférence », selon le jury.
16 mars 14 - Le Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH) achève son édition 2014 sur une note positive, avec une fréquentation en hausse et une nouvelle visibilité donnée aux combats pour les libertés à travers le monde. Bilan avec Leo Kaneman, directeur du festival.

Propos recueillis par Gisèle Baudin/InfoSud

Alors que la 12ème édition du FIFDH s’achève, quel bilan tirez-vous ?

Avec plus de 25’000 festivaliers, soit 2’000 de plus qu’en 2013, le rôle de relais du Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains n’a jamais été aussi efficace pour répercuter au niveau international la parole de celles et ceux qui résistent à l’oppression et engagent leur vie sur le terrain. Les opposants, les résistants et les jeunes blogueurs, les citoyens révoltés, les faiseurs de paix et celles et ceux qui engagent leur vie sur le terrain en faveur des droits humains.

Parmi les temps forts, plus de 150 intervenants, 17 débats et des projections. Nous retiendrons notamment que l’ancien ministre français Robert Badinter et l’avocate camerounaise Alice Nkom se sont dressés ensemble contre les discriminations et les menaces qui pèsent encore sur les personnes LGBT.

Lors de la soirée Yes We Scan, Julian Assange (par Skype) et son avocat Baltasar Garzon ont dénoncé les dérives de la cybersurveillance. « Grâce aux nouvelles technologies, notre rôle de relais s’est dynamisé. Lors de la soirée Le nouveau souffle des révolutions, des blogueurs de Syrie, du Venezuela et du Bahreïn ont pu se joindre à la discussion via Skype et Twitter ».

Le festival a aussi offert une tribune pour dénoncer les crimes de masses en Centrafrique, les attaques dont sont victimes les défenseurs des droits humains au Kazakhstan et au Bélarus. Maria Alekhina des Pussy Riot nous a exhortés à nous engager pour les prisonniers politiques en Russie. Le 8 mars aura été l’occasion de dénoncer encore et toujours les violences sexuelles au travers d’événement sur le trafic des femmes en Europe et les viols de guerre.

Concernant le 7e art, trois premières mondiales prestigieuses et de nombreux films en première suisse, dont L’Image manquante de Rithy Panh, primé à Cannes. Les cinéastes choisissent maintenant de venir à Genève pour lancer leurs films et considèrent le FIFDH comme un lieu de référence.

Le festival se veut une tribune libre faisant face à l’ONU. Pourtant, cette année, certains débats étaient co-présentés par des institutions représentatives de la sphère diplomatique. Comme le débat sur l’accaparement des terres qui s’est déroulé sous la houlette du Club diplomatique suisse, ou celui sur le Rwanda qui s’est fait sous l’égide de l’OIF et de la Solidarité internationale. Cela ne pose-t-il pas un problème en matière de liberté d’expression ?

Si nous collaborons avec toutes ces institutions c’est à condition de rester indépendant, nous ne faisons aucune concession, et veillons à ce que notre parole soit totalement libre. L’alliance avec le Club diplomatique nous permet de dénoncer "la réal politique" qui guide le Conseil des droits de l’Homme, de certains diplomates qui les représentent, et leur dire en face. Si vous avez assisté au débat sur les crimes de masse - Rwanda-Centre Afrique, vous aurez constaté que notre radicalité est intacte. Personne n’influence notre choix des films ou des intervenants.

Justement, si le but du FIFDH est de toucher, il revendique aussi le fait de susciter des engagements concrets. Cela vous paraît-il être le cas ? Nous sommes un relaiS pour les défenseurs et activistes qui risquent leur vie sur le terrain, nous répercutons leur parole par l’image, l’écrit et la parole.

L’exemple le plus probant est celui des jeunes spectateurs du programme pédagogique. Suite à la projection du film "Une douche contre la misère" sur les SDF de Genève, une classe de Florimont a demandé à ses enseignants de pouvoir faire du volontariat. Une autre école a souhaité organiser un match de foot avec des mineurs non accompagnés après une discussion sur le sujet.

Un palmarès engagé et un record d’affluence

Le palmarès En couronnant Return to Homs du réalisateur Syrien Talal Derki, à l’unanimité, le Jury des Documentaires de création a souligné « l’urgence dans laquelle le film plonge le spectateur et contribue ainsi à combattre l’indifférence en trouvant une adéquation parfaite entre le contenu et la forme cinématographique ». Le Jury était composé de Rachida Brakni, Joumana Haddad, Jean-François Amiguet, Mark Gibney et Jean-Pierre Kapp. Offert par l’Etat de Genève, le Grand Prix du FIFDH est doté de CHF 10’000. Le Jury a octroyé une Mention spéciale au documentaire Sound of Torture de Keren Shayo.

Le Prix Gilda Vieira de Mello, en hommage à son fils Sergio Vieira de Mello, offert par la Fondation Barbara Hendricks pour la Paix et la Réconciliation, a été attribué à Art War, de Marco Wilms, « pour la réflexion que le film suscite sur le rôle joué par la création artistique et par les femmes égyptiennes dans le Printemps arabe ». Le Grand Prix de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a été attribué à Global Gay, de Frédéric Martel et Rémi Lainé.

Le Jury du Prix Fictions et Droits humains, offert par la Fondation Barbour, a été décerné au long-métrage A Stranger, du réalisateur croate Bobo Jelcic. « La finesse et la sobriété de cette œuvre subtile en font un objet singulièrement émouvant. En Bosnie-Herzégovine, un traité de paix a été signé, mais la route est encore longue. Pour chacune des victimes du conflit, le quotidien est une perpétuelle recherche de résilience, un combat pour la vie et la survie ». Le Jury était composé de Peter Scarlet, Andrea Staka et Philippe Cottier. Quant au Jury des Jeunes, il a récompensé The Selfish Giant, de Clio Barnard, pour l’émotion et la réflexion qu’il suscite sur la précarité, et le film de Mehdi Ba et Jeremy Frey 7 Jours à Kigali, « un film important pour ne pas oublier ».

Palmarès, photos, vidéos et programme sur www.fifdh.org -

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