L’ONU passe au crible la condition de la femme en Suisse

phot : Fred Burnand
8 août 09 - Le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes vient d’examiner le troisième rapport périodique de la Suisse. Il s’inquiète des inégalités salariales et de la faible participation politique et tire la sonnette d’alarme sur les discriminations multiples des femmes migrantes.

Isolda Agazzi/InfoSud - Si, malgré les progrès, les Suissesses sont encore loin de l’égalité, les mouvements de population créent de nouveaux défis : les femmes migrantes souffrent de discriminations multiples dans l’accès au marché de l’emploi et aux soins de santé et elles sont particulièrement vulnérables face à la violence domestique, aux mutilations sexuelles et à la traite à des fins de prostitutions.

C’est ce qui ressort du troisième rapport de la Suisse au Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), un organe composé de 22 experts indépendants qui supervise la mise en œuvre de la Convention du même nom, en vigueur en Suisse depuis 1997.

Pour l’ambassadeur Marion Weichelt, qui présentait le rapport le 27 juillet à New York, les progrès les plus significatifs accomplis ces dernières années sont l’introduction de l’assurance maternité, l’adoption de mesures pour créer plus de places de garde d’enfants et la lutte contre les violences domestiques.

Mais la délégation suisse reconnaît que beaucoup reste à faire en matière d’égalité au travail : en 2007, seules 60% des femmes exerçaient une activité rémunérée - contre 76% des hommes - et plus de la moitié à temps partiel. Les femmes occupent moins de postes à responsabilité, elles sont plus souvent frappées par le chômage et ont un salaire nettement inférieur – un écart de près de 20% dans le secteur privé en 2006. Si les disparités salariales tombent à 3,2% dans l’administration fédérale, elles atteignent des niveaux semblables au secteur privé dans les administrations cantonales.

Femmes davantage touchées par la pauvreté

La Commission fédérale pour les questions féminines regrette que « les femmes sont toujours insuffisamment représentées dans l’économie, les sciences, l’administration, la politique et la vie publique et qu’elles occupent beaucoup moins de postes influents que les hommes. D’un autre côté, elles continuent à accomplir la plus grande partie du travail non rétribué dans le ménage et la famille. »

Un souci partagé par la coalition suisse des ONG post-Pékin, qui demande à Berne et aux cantons de lutter plus efficacement contre les stéréotypes dans le système scolaire et d’encourager les jeunes à ne pas choisir leur profession selon les clichés de genre.

Sur un point, tout le monde est d’accord : les femmes qui élèvent seules leurs enfants sont les plus touchées par la pauvreté, mais pour l’instant il n’y a rien de neuf du côté de l’initiative visant à créer un système de prestations sociales pour les familles pauvres. Les femmes migrantes vivent une situation particulièrement difficile. Elles sont plus lourdement frappées par la pauvreté et le chômage « à cause de leur faible niveau de formation, des difficultés linguistiques, du manque de contacts sociaux ou de l’absence de qualifications professionnelles reconnues par la Suisse », admet l’ambassadeur Marion Weichelt.

Violence domestique et traite des femmes

La violence domestique est un autre problème sérieux, mais « des progrès significatifs ont été accomplis dans son appréhension, car elle n’est plus perçue comme une affaire privée, mais comme une grave violation du droit à l’intégrité physique et du droit de disposer de soi-même », assure l’ambassadeur.

Mais l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et le Centre de contact Suisse – immigrés font remarquer que la nouvelle loi fédérale sur les étrangers pénalise, de fait, les migrantes. Certes, les épouses originaires de pays « tiers » peuvent obtenir relativement facilement un droit au regroupement familial même en cas de rupture du lien matrimonial, mais concrètement, cette disposition est très difficile à applique.

La traite des femmes reste un sujet épineux, même si huit condamnations pénales ont été prononcées en 2008 et que les victimes peuvent recevoir une protection même quand elles sont en situation irrégulière. Par ailleurs, la Commission fédérale pour les questions féminines déplore que la Suisse n’ait pas encore inclus dans son droit de dispositions pénales relatives aux mutilations génitales et elle demande à Berne de renforcer les mesures pénales pour lutter contre les mariages forcés.

En matière de santé, la Confédération reconnaît aussi que, malgré les efforts consentis, les migrantes n’ont pas accès aussi facilement que les Suissesses à des soins de qualité.

Dans quatre ans, Berne devra soumettre un nouveau rapport au CEDEF détaillant les mesures prises pour mettre en œuvre les recommandations formulées par le comité.

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