L’homme des basses œuvres de Kadhafi arrêté

Le 21 août 2011, jour de l’entrée des rebelles dans la capitale libyenne, Abdallah al-Senoussi s’adresse aux journalistes étrangers à Tripoli. Tiré d’une vidéo de Mounia Ben Aïssa, publié sur france24.com le 18 mars 2012.
19 mars 12 - L’ex-chef des renseignements libyen, Abdallah al-Senoussi, a été interpellé dans la nuit de vendredi à samedi à l’aéroport de Nouakchott, en Mauritanie. Il fait l’objet de trois demandes d’extradition : de la Libye, de la France et de la CPI, qui le recherche pour crimes contre l’humanité.

Jean-Pierre Perrin/Le Temps - Au physique, Abdallah al-Senoussi a la tête de l’emploi, celui d’une brute à tout faire, front bas, orbites enfoncées et menton prognathe, chargé tout particulièrement des basses besognes du régime, assassinats de masse et tortures inclus. Mais, à la différence d’un Moussa Koussa, qui, avant de faire défection en 2011, se trouva comme lui à la tête des services secrets libyens et dont les griffes furent à peine moins ensanglantées, il est resté fidèle à son maître Mouammar Kadhafi. Des chiens méchants du défunt « Guide » libyen, Senoussi, âgé de 62 ans, fut donc à la fois le plus cruel et le plus fidèle. Il appartenait d’ailleurs au premier cercle du dictateur déchu qui lui avait donné en mariage Fatma, la sœur de son épouse Safia Farkach.

Recherché par la Cour pénale internationale (CPI), Abdallah al-Senoussi a été arrêté dans la nuit de vendredi à samedi à l’aéroport de Nouakchott en Mauritanie. Arrivant de Casablanca par un vol régulier de Royal Air Maroc, selon une source sécuritaire mauritanienne, il voyageait avec « un passeport malien falsifié ». Le Maroc étant un pays étroitement contrôlé par les services de sécurité, on ne peut pas imaginer que les autorités du royaume n’étaient pas au courant de sa présence dans ce pays.

Le Conseil national de transition (CNT, au pouvoir à Tripoli) a fait savoir qu’il avait demandé son extradition, se disant prêt « à le juger lors d’un procès équitable ». L’Elysée a également déclaré qu’il réclamerait « dans les prochaines heures » que lui soit livré l’ex-responsable libyen. Celui-ci fait en effet l’objet d’un mandat d’arrêt international à la suite de sa condamnation par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité dans l’affaire de l’attentat du 19 septembre 1989 contre le vol UTA 772 qui a coûté la vie à 170 personnes, dont 54 Français. Trois demandes d’extradition sont donc en cours. Mais, pour l’association des familles de l’attentat d’UTA, la France a l’avantage de « l’antériorité » sur la CPI et la Libye.

Invisible depuis la chute de Tripoli, en août 2011, Abdallah al-Senoussi était passé du Niger au Mali avec quelques-uns de ses hommes. Le 21 août 2011, jour de l’entrée des rebelles dans la capitale, il avait eu l’audace de s’adresser aux journalistes étrangers à Tripoli pour accuser « les renseignements occidentaux et l’OTAN de travailler côte à côte avec Al-Qaida pour détruire la Libye ».

Pendant longtemps à la tête des services spéciaux, Abdallah al-Senoussi était au cœur du système sécuritaire libyen qui associait étroitement les grandes tribus libyennes. Issu des Megarha, l’une des grandes tribus du pays, dans la région du Fezzan (sud) et formé à l’Académie militaire du Caire, le futur colonel avait profité de ses origines pour grimper à une allure fulgurante dans l’appareil répressif. Il avait profité de l’appui du commandant Jalloud, un lointain cousin de la même tribu, alors considéré comme le lieutenant de Kadhafi. Le mariage avec Fatma allait parachever son ascension. Il allait ultérieurement diriger la sécurité personnelle du « Guide ».

Longtemps chef des renseignements militaires de Libye, « l’un des organes de répression les plus puissants et efficaces du régime », selon la CPI, Senoussi a été notamment chargé de la traque des « chiens errants », nom donné par le régime aux opposants en exil. Ceux qui, tombés entre ses mains, réussiront à survivre, raconteront qu’il supervisait en personne les séances de tortures. Il est aussi accusé d’avoir ordonné le massacre de la prison d’Abou Salim, à Tripoli, où plus de 1200 prisonniers furent tués en 1996. C’est d’ailleurs l’arrestation de l’avocat des familles des victimes qui provoqua la révolte de février 2011, qui allait conduire à la chute du régime. Là encore, c’est lui qui dirigea la répression contre les manifestants.

« Il y a des motifs raisonnables de croire que, du 15 février 2011 au 20 février 2011, à Benghazi en particulier, la population civile a été victime d’actes inhumains commis par les forces de sécurité sous le commandement d’Abdallah al-Senoussi », a indiqué la CPI dans son mandat d’arrêt.

Sur la scène internationale, c’est encore lui qui a recruté Abdebasset al-Megrhabi, un homme de sa tribu, qui assumera la responsabilité de l’attentat contre l’avion de la Pan Am, à Lockerbie, en 1988, et finira par se livrer à la justice écossaise. L’année suivante, c’est l’attentat contre le vol UTA 772 : les juges assurent que, là encore, il en fut le maître d’œuvre. En 2004, il aurait même projeté l’assassinat du futur roi Abdallah d’Arabie saoudite.

Dans les affaires d’otages, dont celle des infirmières bulgares, Al-Senoussi sera là encore dans la coulisse. Aussi, une fois que la Mauritanie aura décidé de l’extrader, sa destination ne sera pas sans importance. Selon qu’il sera jugé par la CPI, la France ou la Libye, les accusations auxquelles il aura à répondre ne seront pas forcément les mêmes. Une certitude : l’homme connaît tous les secrets du régime.

Pour lire d’autres articles sur un des thèmes abordés ici, utiliser la fonction «  recherche avancée »
Chartes  |  Qui sommes-nous ?  |  Impressum  |  contact
Palais des Nations, Bureau S-84  |  Avenue de la Paix 8-14  |  CH-1211 Genève 10  |  T: +41 22 917 29 30  
réalisé par vocables.com avec Spip
sommaire le temps L´Orient-Le Jour Geopolitis swissinfo LE COURRIER rue 89 Slate Afrique ipsnews