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La faim, un fléau en progression rapide
Photos : FAO
15 novembre 09 - Le nombre de personnes sous-alimentées a brusquement augmenté pour atteindre le milliard. Le dos au mur, la FAO organise un sommet mondial sur la sécurité alimentaire dès lundi à Rome dans le but d’engager une révolution.

Etienne Dubuis/Le Temps - Le constat est cruel. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a échoué dans sa tâche. Plus de 60 ans après sa création, elle n’a toujours pas réussi à atteindre son objectif premier, qui est d’éradiquer la faim dans le monde. Pire : elle ne peut même plus se targuer d’avoir contribué à stabiliser la situation. Le nombre de personnes sous-alimentées connaît depuis quelques années une augmentation spectaculaire. Même le pourcentage de la population mondiale frappée par le fléau est désormais reparti à la hausse. Le dos au mur, l’institution a décidé de réagir en organisant un sommet sur la question cette semaine à Rome.

L’évolution est des plus inquiétante. Le nombre de personnes sous-alimentées était demeuré remarquablement stable de la fin des années 1960 au milieu des années 1990, pour fluctuer entre 878 millions et 825 millions. Il n’y avait pas de quoi pavoiser. Mais un tel résultat était défendable dans la mesure où la planète avait connu durant la même période une explosion démographique sans précédent. Un vent d’optimisme s’était d’ailleurs mis à souffler. En 1996, au cours d’un premier sommet consacré à la sécurité alimentaire, la communauté internationale s’était engagée à réduire le chiffre de moitié en 20 ans. Puis en 2000, lors du Sommet du Millénaire pour le développement, elle s’était fixé pour but de diviser par deux la proportion des personnes souffrant de la faim au cours des 15 années suivantes.

Las ! Loin de diminuer, le nombre des sous-alimentés n’a fait dès lors que croître, lentement d’abord puis rapidement, pour dépasser 900 millions l’an dernier et franchir le milliard cette année, selon les estimations du Département des Etats-Unis pour l’agriculture. Plus significatif encore : la part des personnes sous-alimentées dans la population mondiale s’est élevée de 13% en 2004-2006 à plus de 15% en 2009. Plus de 15%… près d’un être humain sur six.

La FAO comme institution n’est sans doute pas sans reproche. Mais elle est d’abord l’expression de la volonté des Etats. Or, force est de constater que les Etats ne se sont jamais mobilisés sérieusement contre la faim. Preuve accablante de ce désintérêt : entre 1980 et 2005, l’aide au développement en faveur de l’agriculture a baissé de 58% en valeur réelle, dénonce le secrétariat de la FAO dans un document préparatoire au sommet. En proportion, elle est même passée de 17% à 3,8% de l’aide publique globale au développement de 1980 à 2006.

« Les investissements consacrés à l’agriculture ont été nettement insuffisants ces dernières décennies, regrette Andrea Ries, chef du programme global Sécurité alimentaire de la Direction du développement et de la coopération suisse (DDC). Cela a d’ailleurs été le cas partout, dans les pays développés comme dans les pays en voie de développement. Les paysans n’ont pas bénéficié de lobbys assez puissants pour placer la production alimentaire au cœur des préoccupations. »

A cette longue indifférence se sont subitement ajoutées deux crises : la crise alimentaire de 2006-2008 et la crise financière de 2008-2009. La première a fait grimper le prix des denrées, la seconde a fait chuter les revenus. Résultat : des multitudes de pauvres se retrouvent dans la situation de devoir acheter leur nourriture plus cher avec moins d’argent. Et beaucoup d’entre eux – ils sont 100 millions de plus cette seule année – n’y arrivent plus.

Le phénomène est d’autant plus consternant que l’agriculture mondiale dégage suffisamment de nourriture pour alimenter convenablement l’humanité. Mais deux problèmes empêchent cette adéquation de se traduire dans les faits. D’abord, seule la moitié de la production mondiale de céréales va à la consommation humaine : l’autre va au fourrage, afin de satisfaire une demande croissante en viande, et dans une plus faible mesure à la fabrication de biocarburants. Ensuite, les stocks de nourriture sont répartis de façon extrêmement inégale à l’échelle internationale : alors que les pays riches possèdent d’importantes réserves, nombre de pays en développement n’ont même pas de quoi nourrir au jour le jour leur population.

Face au désastre, la FAO en appelle désormais à une réforme profonde du système, quitte à faire au passage son mea culpa. « Nous reconnaissons que la gouvernance actuelle de la sécurité alimentaire mondiale manque de cohérence et d’efficacité », déclare son secrétariat dans le document préparatoire au sommet de Rome. Un texte qui s’en prend notamment à l’organisme censé se battre en première ligne contre la faim, le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA), accusé de ne pas s’être acquitté « comme il convenait de la mission qui lui avait été confiée ».

La FAO espère bien aujourd’hui s’appuyer sur la dégradation de la situation alimentaire pour mobiliser la communauté internationale contre la faim et renforcer ses propres structures. Son directeur général, Jacques Diouf, a été mercredi jusqu’à lancer une pétition mondiale et à appeler chacun à une grève de la faim symbolique ce week-end. Grève qu’il entend lui-même accomplir pendant 24 heures à compter de samedi matin. Mais qu’il lui faudra d’énergie pour réussir ! Sa cause continue à se heurter à un mur d’indifférence. Si les pays du G8 se sont engagés à lui donner 20 milliards de dollars lors de leur sommet de L’Aquila, en juillet dernier, aucun d’entre eux ne prévoit apparemment d’être représenté au plus haut niveau cette semaine à Rome.



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