"Le diamant risque le même sort que la fourrure"
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Ian Smillie. D.R.
2 juin 09 - Ian Smillie, l’un des architectes du système de certification de Kimberley, censé garantir la provenance "propre" des diamants bruts, a démissionné en accusant la filière d’avoir "dérapé". Entretien

Propos recueillis par Carole Vann/InfoSud/Tribune des droits humains - La réputation du diamant propre vacille : Ian Smillie, l’un des fondateurs et artisans du mécanisme de certification de Kimberley, censé garantir une provenance « propre » des diamants bruts sur le marché mondial, jette l’éponge. Il démissionne du comité directeur de Kimberley et quitte le PAC (Partenariat Afrique-Canada). Cette ONG phare, basée au Canada, dont il est chef de recherche, est à l’origine, avec Global Witness, de la création en 2003 du processus de certification, ratifié par 45 Etats, dont la Suisse.

L’illustre chercheur canadien a participé à la rédaction d’un rapport accablant, intitulé Le Zimbabwe, les diamants et le mauvais côté de l’histoire. Parue en mars, cette enquête dénonce de graves exactions dans les mines du Zimbabwe.

Pourquoi cette démission maintenant ?

Quelque chose ne tourne pas rond. En 2003, nous avions créé un mécanisme efficace, mais nous l’avons laissé déraper. Les Etats parties au processus n’ont pas su faire face à des cas graves de contrebande au Brésil, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Venezuela, au Zimbabwe, en Guinée, au Liban. Pour le Venezuela, nous en sommes même arrivés à tolérer ce trafic. Pendant que les gouvernements discutent sans fin sur l’opportunité ou non d’aborder la question des droits de l’homme, les crimes se poursuivent. Je ne veux plus cautionner cela.

Dans le rapport publié avec Global Witness, vous appelez le Conseil de sécurité de l’ONU à imposer un embargo sur les diamants du Zimbabwe. Pourquoi ne pas attendre une réaction ?

C’est un cercle vicieux : nous interpellons l’ONU qui s’adresse aux Etats membres de Kimberley. Qui n’en finissent pas de débattre pour savoir si les droits de l’homme font partie de leur mandat ou non.

Comment expliquez-vous ce dysfonctionnement ?

Les gouvernements sont pris à leur propre piège. L’Afrique du Sud, qui a été l’une des figures de proue dans la création du mécanisme Kimberley, ne veut à présent rien savoir des violations des droits de l’homme au Zimbabwe, du simple fait que Pretoria soutient le régime de Mugabe. Il y a aussi des preuves évidentes sur le blanchiment d’argent en Guinée et au Liban lié aux diamants, mais les Etats parties de Kimberley ne font rien.

Le marché du diamant a-t-il quand même évolué depuis 2003 ?

Le diamant est la forme d’argent la plus concentrée au monde. Je peux me promener avec l’équivalent de 5 millions de dollars en diamants dans ma poche sans que personne n’en sache rien. Kimberley a sans conteste permis d’en faire un commerce plus propre, notamment sur des plaques tournantes comme la Belgique ou la Suisse. Il y a encore dix ans, toutes sortes de diamants de provenances obscures arrivaient dans les ports francs de Zurich ou Genève, et en repartaient avec une étiquette suisse. Cela n’est plus possible à présent. La Suisse est d’ailleurs un membre très actif du Kimberley. Cela ne signifie pas que la contrebande a été totalement éradiquée, mais les canaux propres existent et sont utilisés.

Il semble pourtant possible d’acheter de faux Kimberley ?

Oui, cela peut arriver. Pour une personne en possession d’un stock de diamants bruts valant plusieurs dizaines millions de dollars, payer 50 000 dollars pour une authentification Kimberley, c’est rien.

En août dernier, une équipe Kimberley, envoyée en Guinée, a constaté que le gouvernement ne pouvait pas attester de l’origine des diamants. Le problème, c’est que dix mois plus tard, le rapport n’est toujours pas fait et les accusations de blanchiment d’argent en Guinée continuent. Cela me rend fou.

Quelles sont vos attentes ?

L’industrie des diamants, qui a tout intérêt pour sa réputation à ce qu’un processus Kimberley se poursuive, doit faire pression sur les gouvernements. Les ONG seules n’y parviennent pas.

Et si cela ne marche pas ?

La contrebande continuera de plus belle. Et les diamants seront associés aux trafics de drogue, d’arme, à la guerre et à l’esclavage. Le diamant n’est qu’un symbole. Il n’a de valeur que celle qu’on veut bien lui donner. Il n’existe que parce qu’il est porté. Si sa réputation est ternie, il risque de connaître le même sort que les fourrures.

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