Le gaz de schiste enflamme Tunis

La fracturation hydraulique permettant l’extraction du gaz est un procédé controversé © www.tunisienumerique.com
27 novembre 12 - Alors que le gouvernement tunisien se hâte de négocier avec Shell pour exploiter les gisements de gaz de schiste, les critiques sont vives sur les conséquences environnementales et le fort relent de népotisme de cet empressement étatique.

Reiner Wandler et Fabrice Praz/Infosud - « Nous avons peu d’alternatives », se défend Rachid Ben Dali, directeur général de l’énergie au ministère tunisien de l’Industrie. Selon le gouvernement, la demande en énergie augmente de 6% chaque année et il faut bien la nourrir. « La Tunisie s’est abstenue de développer l’énergie nucléaire vu les dangers et les énergies renouvelables coûtent cher. » Or, le pays regorge de gaz de schiste. Une ressource inattendue qui échauffe les esprits.

Les manifestations contre le gaz de schiste s’enchaînent depuis quelques semaines à Tunis. Les mouvements écologistes dénoncent le manque de transparence des autorités. Le gouvernement tunisien a annoncé en novembre la signature d’un contrat avec Shell pour exploiter cette ressource. Un accord conclu discrètement et promptement sans consulter l’Assemblée nationale constituante. La compagnie pétrolière est prête à investir dix milliards d’euros. Quatre forages sont prévus dans le bassin de Kairouan, au centre du pays, l’année prochaine. De quoi produire 12’000 « barils » par jour à l’horizon 2020 et plus de 70’000 à long terme.

Ombre du Qatar

Un empressement au fort relent de népotisme qui inquiète les adversaires du gaz de schiste. Pour eux, le gouvernement islamiste veut conclure le contrat le plus rapidement possible et à un bon prix pour plaire à ses soutiens, dont le Qatar. Selon la presse tunisienne, l’Emir du Qatar, Hamad ben Khalifa Al Thani, aurait financé à hauteur de 150 millions de dollars la campagne électorale du parti islamique Ennahdha, désormais au pouvoir. Et depuis, les accords économiques se multiplient avec Doha. Il y a un mois, la compagnie aérienne Qatar Airways s’est notamment vue accorder des privilèges dans les aéroports tunisiens. Et c’est le Qatar qui est en train de mettre la main sur le géant de l’industrie pétrolière, Shell.

Risque de pollution

Pour l’instant, il n’existe aucun cadre juridique réglant l’exploitation du gaz de schiste en Tunisie. Et son extraction fait débat. La technique utilisée – la fracturation hydraulique – est un procédé controversé : un cocktail d’eau et de plus de 700 produits chimiques (certains hautement toxiques) sont injectés sous haute pression dans le sol pour fissurer la roche et extraire le pétrole et le gaz. Les adversaires du gaz de schiste invoquent les risques de pollution des eaux souterraines avoisinantes. La France a bloqué tout forage sur son sol et le Canada l’a interdit par crainte des dangers pour la santé et l’environnement.

L’exploitation du gaz de schiste nécessite aussi d’énormes quantités d’eau, s’inquiètent les écologistes. En Tunisie, les forages devraient atteindre 4000 mètres de profondeur. Chaque puits va ainsi engloutir entre 4 et 11 millions de litres d’eau par fracturation. « Chaque forage en consomme autant qu’un village d’un millier d’habitants », résume Assma Mdalssi, présidente de l’association AgricoForest. Chokri Yaiche, député du parlement de transition, met en garde contre l’augmentation de la désertification qui va en résulter. « C’est la ligne rouge que nous ne pouvons pas dépasser », prévient le spécialiste en environnement.

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