Le recyclage africain des sacs en plastique

Le lavage des sacs en plastiques (© Caroline Lefebvre)
16 mai 13 - C’est une des plaies de l’Afrique. Mais des femmes burkinabés ont commencé à récupérer les sacs en plastique qui traînent partout. Elles les tissent pour en faire des paniers, des sacs à main, des vêtements.

Bobo-Dioulasso, Caroline Lefebvre/InfoSud - Comme un travelling sur les rues jonchées de sacs en plastique, la piste n’en finit plus de traverser le secteur 25, quartier excentré de Bobo-Dioulasso, deuxième ville du Burkina Faso. Depuis trente ans, ces sachets défigurent le paysage de nombreux pays d’Afrique. Une calamité qui favorise moustiques et paludisme en retenant des flaques d’eau, qui appauvrit les sols en s’y enfouissant et qui serait responsable de 30% de la mortalité du bétail, selon le ministère des Ressources animales.

Tout au bout du quartier, après les dernières maisons, de hauts murs de parpaings abritent des ouvrières qui puisent dans des monceaux de sachets noirs pour les métamorphoser en objets du quotidien.

Les sacs sont ramassés dans les rues. Lavés, séchés et découpés en lamelles, ils forment un « fil » tissé ensuite avec du coton. Sur la dizaine de métiers installés dans le grand hangar s’enroule un tissu noir épais, résistant, qui finira, entre les doigts de fée des couturières, en sacs à main, trousses, paniers, poufs ou même vêtements dont on n’imaginerait jamais l’origine.

La technique du crochet

Cette drôle d’idée est née dans la tête d’Haoua Ilboudo : « Mes moutons mouraient après avoir avalé des sachets, explique l’actuelle directrice de ce centre de recyclage. J’ai alors proposé un projet de ramassage et de transformation lors d’un concours lancé par la Banque mondiale ». Elle gagne le 10e prix, apprend la technique du crochet, mûrit l’idée : si on peut crocheter les sachets, on peut sans doute les tisser…

Le centre de recyclage est créé en 2003 sous la houlette de Gafreh (Groupe d’action des femmes pour la relance économique du Houet), collectif regroupant 117 associations parmi lesquelles sont recrutées les ouvrières. Roukia, Bernadette, Rosalie et Bintou ont abandonné la vente de gâteaux, d’arachides ou de bois de chauffe pour le recyclage, qui leur offre de meilleurs revenus et conditions de travail. « Mon petit commerce me rapportait 2’000 francs CFA (3,70 CHF) par semaine. Aujourd’hui, je gagne environ 8’000 francs CFA (environ 15 CHF) », indique Rosalie, tisseuse, mère de trois enfants.

Cent sacs par mois

Au plus fort de l’activité, le centre peut faire travailler jusqu’à 85 femmes. Khady Traoré, secrétaire du centre, s’attendrit sur « cette vieille dame qui élève ses trois petits-enfants orphelins et réussit à ramasser près de cent sacs de 7 kg par mois ». Une louange au courage de ces ouvrières de tous âges payées à la tâche. Les ramasseuses touchent 600 francs CFA (1 CHF) par sac de 7 kg. Les laveuses, les tisseuses et les couturières gagnent 4’000 à 20’000 francs CFA (7,4 à 37 CHF) pour six jours de travail en fonction de leur tâche et de leur dextérité.

Quatorze tonnes de sacs en plastique sont ainsi ramassés chaque année. Ceux qui ne sont pas utilisables, trop déchirés, étaient auparavant fondus pour fabriquer des pavés. Mais, faute de soutien des autorités, Gafreh n’a pu poursuivre cette activité. A Bobo-Dioulasso, les ordures ménagères, quand elles ne sont pas brûlées, sont collectées par les femmes des quartiers : « Il n’y a pas de tri, déplore Haoua Ilboudo, responsable de l’association de son secteur. Nous les jetons hors de la ville. » Il existe bien un centre d’enfouissement municipal, mais il n’a jamais fonctionné faute de personnel formé.

Exceptée une subvention de l’Agence canadienne de développement international pour la construction de l’actuel site de production, en 2011, et l’achat de matériel, le centre s’autofinance entièrement. « Les femmes de Gafreh ont reçu une aide ponctuelle mais elles vivent de leur travail, elles sont autonomes. C’est ainsi que l’aide au développement peut être durable », s’enthousiasme Isabelle Chevalley. La conseillère nationale du canton de Vaud, séduite par la dynamique de ces dames, rencontrées en 2011 à l’occasion d’un voyage au Burkina avec l’ONG Nouvelle Planète, s’efforce depuis de leur apporter des outils (un logiciel de comptabilité,…) pour améliorer leur fonctionnement et démarche la grande distribution suisse enquête de nouveaux débouchés.

Car la crise en Europe et la guerre au Mali ont porté un coup rude à l’activité de Gafreh dont le chiffre d’affaires, déjà en baisse en 2011, à 31 millions de francs CFA (57’000 CHF), devrait chuter en 2012. Les touristes ont déserté le Burkina et les boutiques Gafreh de Bobo-Dioulasso et de Ouagadougou vendent moins. Le nombre d’ouvrières a suivi la même pente descendante en attendant une reprise du marché.

Signé Yves Saint-Laurent

La survie passera-elle par l’exportation, pour le moment limitée à quelques clients individuels et boutiques ? Les responsables aimeraient y croire mais restent méfiantes, échaudées par l’apparition de contrefaçons. Et par l’histoire de ce sac signé Yves Saint Laurent, réalisé avec leur tissu « selon les principes du commerce équitable » comme le revendiquait la marque. Le tissu avait été acheté par une intermédiaire 2’000 francs CFA le mètre, soit 3,70 CHF. Le sac YSL était vendu 1’455 francs suisses !

On peut trouver des produits Gafreh à Label Etoffes à Genève.
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