Les Noirs mieux membrés ? « Un préjugé raciste »

Rachad Armanios/Le Courrier
25 novembre 05 - InfoSud - Serge Bilé, l’auteur de « Noirs dans les camps nazis », raconte dans un nouveau livre l’histoire du mythe du sexe surdimensionné des Noirs. Un cliché pas anodin, fruit d’un discours raciste qui réduit les Noirs à leur sexualité « débridée et bestiale ».

Pensez-vous que les Noirs soient naturellement bien membrés ? Vous avez plutôt tort. Selon une étude menée en 1948 par la Société d’anthropologie de Paris, les Noirs ont bien un pénis un peu plus long et volumineux que celui des Européens. Mais seulement au repos. En érection, la tendance serait inversée à en croire cette recherche. Aucune étude comparative plus récente ne permet d’en savoir davantage. Conclusion de Serge Bilé : ce mythe très ancien ne repose sur rien. Basé sur la prétendue sexualité débridée des Noirs, il a été forgé pour les inférioriser. Voilà la thèse du journaliste français d’origine ivoirienne, connu pour son livre à succès « Noirs dans les camps nazis ». Dans « La légende du sexe surdimensionné des Noirs » (1), Serge Bilé trouve l’origine de cet imaginaire populaire déjà chez les Grecs. Il déplore aussi l’inconscience de certains qui se sont appropriés le mythe, « comme argument de drague ». Malgré un ton revanchard et des conclusions parfois tirées par les cheveux, ce livre à le mérite de combattre un cliché pas anodin.

« Au fil des siècles, on a doté les Noirs d’un pénis en guise de cerveau », s’indigne Serge Bilé, joint par téléphone en Martinique. Le savant grec Hérodote affirmait déjà que l’Africain « copule en public comme les bêtes » et que sa semence est noire. Romains, Arabes, juifs, chrétiens, Chinois… tous ont infériorisé les Noirs, dénonce l’auteur. L’origine la plus significative du préjugé de la taille du pénis remonterait à la malédiction biblique des descendants de Cham, qui avait surpris son père Noé tout nu. « Les premiers théologiens ont expliqué que Cham avait abusé sexuellement de son père, déclare Serge Bilé. Et que, pour punir le fautif, la descendance de son fils Canaan aurait été condamnée à l’esclavage. Elle aurait aussi la peau noire et un pénis ‘ignominieusement’ long. »

Grands négriers, les Arabes ne sont pas en reste, selon l’auteur. « Ils racontaient que les Noirs étaient responsables de leur état d’esclaves puisque leur débauche sexuelle les empêchait de se défendre. » Dans les colonies d’outre-mer, au XVIIIe, le préjugé sexuel, « frère jumeau du préjugé de couleur », a aussi servi à justifier l’asservissement des Noirs.

Le Noir objet, l’"étalon"

A cette époque, ils ont bien sûr suscité les fantasmes les plus fous. Les confidences d’une Européenne au sujet de ses ébats avec son esclave de Saint-Domingue sont éloquentes : cette « classe d’hommes » ne dit rien et fait beaucoup, affirmait-elle. Contrairement aux Blancs, ces « amants musqués, faibles et délicats », qui parlent beaucoup mais font peu. Aujourd’hui, signale Serge Bilé, des Occidentales se lancent à l’assaut des capitales africaines ou des DOM-TOM en quête d’un puissant éphèbe. Motivées par la recherche d’un amour véritable, elles le sont souvent par le fantasme racial, précise l’auteur. Serge Bilé a aussi recueilli le témoignage d’un escort boy Noir parisien. Certaines Blanches, dit-il, attendent de lui une vigueur inhabituelle, qu’il soit « bestial ». « Naturellement, je joue le jeu. »

Le principe est le même dans l’industrie pornographique. Tel acteur, vante un film X, fait l’amour, « avec son obélisque », « comme d’autres font la guerre ». Les acteurs noirs ne sont recrutés que sur la base de leur sexe démesuré, assure l’actrice française Katsumi. Du coup, des Blanches refusent de tourner avec des Noirs, souvent par racisme, mais aussi par peur « d’avoir mal ». L’autre crainte est celle d’attraper le VIH. Car encore trop souvent, déplore Serge Bilé, « Noir égale sida ». Au début de la pandémie, explique-t-il, certains auraient insinué que la transmission du virus du singe à l’homme, en Afrique, serait intervenue après un coït zoophile. Des rumeurs qui rappellent des paroles de Voltaire. Selon le philosophe, « il n’est pas improbable que, dans les pays chauds, des singes aient subjugué des filles. » Ces temps, une certaine droite, en France, a cru bon de voir dans la « polygamie » des Noirs une des causes des émeutes dans les banlieues, soupire Serge Bilé. Vous avez dit « démesuré » ?

(1) Le Serpent à plumes, novembre 2005, 197 p.

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