Petit air de révolution en Roumanie

Une manifestation dans la capitale roumaine, Bucarest. C’est tout un système politique hérité du communisme que les protestataires dénoncent. ©DR
21 octobre 13 - Voilà presque deux mois que des milliers de Roumains défilent contre le projet canadien d’exploiter la plus grande mine d’or à ciel ouvert d’Europe. Toujours plus nombreux, les contestataires descendent dans la rue pour crier leur ras-le-bol de la corruption des politiques. Un mouvement populaire d’une ampleur sans précédent depuis les années 90, qui marque le réveil des jeunes.

Bucarest, Mihaela Carbunaru/InfoSud - Depuis début septembre, des milliers de manifestants investissent chaque dimanche les rues des principales villes roumaines, pour ­protester contre le projet d’exploitation de la plus grande mine d’or à ciel ouvert d’Europe. A Bucarest, le 13 octobre, ils étaient 4’000 à défiler (100 000 dans tout le pays), réunis derrière la banderole : « La révolution commence à Rosia Montana », du nom de la petite bourgade où se trouve le métal précieux.

Etudiants, jeunes professionnels, mamans avec leurs poussettes : comme eux, Liana Oprea, une graphiste, suit le mouvement depuis ses débuts. Toujours à vélo, cette trentenaire, qui vit entre la capitale et un village proche de la future exploitation minière, n’a pas loupé une seule des sept marches déjà organisées. « Je ne suis plus descendue dans la rue depuis la révolution de 1989, confie-t-elle. Mais il y a un vide dans la vie politique roumaine depuis trop longtemps. Cela doit changer. »

Pourtant, dès la fin de cette année, le projet de la société canadienne Gabriel Ressources pourrait se concrétiser. Il ne manque plus que l’aval du parlement roumain pour que les travaux commencent. Mais la population s’y oppose fermement. L’utilisation du cyanure pour l’extraction de l’or, la concession de l’exploitation à une société étrangère et surtout les soupçons de corruption qui planent sur la classe politique dans ce dossier ont eu raison de la patience des Roumains.

« Nous voulons un changement réel, explique Alin Dumitrescu, un publicitaire de 37 ans, qui manifeste avec ses deux enfants. Les procédures pour la mise en place de ce projet me semblent tellement illégales que le refuser est une évidence. »

Au-delà de cette exploitation, c’est tout un système politique hérité du communisme que les protestataires dénoncent aujourd’hui. « Ce mouvement critique le projet, mais milite aussi en faveur d’une démocratie participative, décrypte le sociologue Mircea Kivu. Une grande partie de la population n’est pas satisfaite de sa relation avec une classe politique qui ne les représente pas. »

L’esprit révolutionnaire qui a suivi l’exécution des époux Ceausescu, en 1989, avait poussé des dizaines de milliers de Roumains à provoquer les anciens membres de la nomenklatura qui tentaient de reprendre le pouvoir dans les années 1990. Mais de violentes répressions ont stoppé net ces élans populaires, faisant perdre tout espoir de changement aux Roumains. « Suite à ces événements, nous avons progressivement renoncé à défendre nos principes, analyse le politologue Sorin Ionita. Les seules manifestations organisées depuis étaient liées à des revendications syndicales, et quasiment toutes ont été détournées par les partis politiques. »

Ces « détournements » sont même devenus la spécialité de la classe dirigeante. Casquette, tee-shirt, casse-croûte, transport gratuit : tout est bon pour encourager les indécis à venir gonfler les rangs des mécontents. « Il suffit ensuite d’un groupe d’une vingtaine d’agitateurs professionnels pour confisquer définitivement la manifestation », ajoute Sorin Ionita. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé en janvier 2012. Sur fond d’austérité, les Roumains étaient sortis de façon spontanée dans les rues pour crier leur ras-le-bol de la corruption endémique des autorités. Mais leur action avait rapidement été détournée par l’opposition.

« Cette fois-ci, le mouvement est plus puissant car il n’a laissé aucune place aux politiques, assure l’un des plus ardents opposants au projet, Eugen David. Les manifestants se sont ralliés par conviction et non pas pour aller à un concert ou manger des saucisses gratuites. » Jeunes et éduqués, ces contestataires se retrouvent grâce aux réseaux sociaux. Leur leitmotiv : informer la population. Des manifestations sont encore annoncées et elles « ne s’arrêteront pas jusqu’au vote du projet de loi », affirment les organisateurs. Le bras de fer avec le gouvernement d’opposition est engagé.

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