« Si rien ne change au Bahreïn, une épidémie de violences sectaires est possible »

"En tant que militante pour les droits humains, je ne me considère pas comme membre de l’opposition ou d’une confession." © crédit photo : M. Al Khawaja
6 mars 12 - Depuis une année, les soulèvements des chiites du Bahreïn sont durement réprimés. Les autorités dénoncent le « complot iranien », la communauté internationale, gênée, se tait. Avec Maryam Al Khawaja, activiste des droits de l’homme, la parole sort du pays.

Sandra Titi-Fontaine et Margaux Viret/Infosud - Révolution « oubliée » par la communauté internationale, le soulèvement au Bahreïn ne parvient pas à se faire entendre. Invitée à Genève par le Festival du film et forum international sur les droits humains, Maryam Al Khawaja, responsable des relations extérieures pour le Bahrain Centre for Human Rights et au Gulf Centre for Human Rights, est aussi intervenue au Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Mi-février a marqué le 1er anniversaire du début de la révolte populaire au Bahreïn. Que se passe-t-il en ce moment ?

Assassinat, violences ciblées, arrestations arbitraires, procès partiaux…. Depuis un an, les mêmes violations perdurent. Même le dialogue national et le rapport de la Commission d’enquête indépendante de Bahreïn (BICI, constituée de membres de l’ONU, ndlr) - qui confirme l’usage systématique de la torture contre les défenseurs des droits humains - n’ont pas permis de faire évoluer la situation.

Quelle est l’ampleur réelle de ce mouvement ?

C’est très difficile à évaluer. Nous estimons qu’entre 10 000 et 30 000 protestataires se regroupent régulièrement dans la capitale Manama. Sans compter une kyrielle de villages où des centaines d’habitants se réunissent presque tous les soirs.

Pourquoi un tel silence internatiohttp://nal ?

En raison de l’influence mondiale du Conseil de Coopération du Golfe (GCC, organisation régionale qui regroupe 6 pétromonarchies, dont l’Arabie Saoudite et le Bahreïn, ndlr), le gouvernement actuel entretient aussi bien de bonnes relations avec le bloc des Etats-Unis et du Royaume-Uni, qu’avec celui de la Chine et de la Russie. Au Bahreïn, se passent les mêmes exactions qui ont lieu en Syrie. Et les pays occidentaux, en particulier anglo-saxons, le savent très bien. Mais ils ont tellement d’intérêts économiques et stratégiques sur place qu’ils ferment les yeux.

Les monarchies arabes craignent-elles un effet domino ?

Absolument, car Bahreïn est leur arrière-cour. Selon le rapport de la BICI, les troupes du GCC n’ont pas de rôle actif dans la répression, elles sont surtout là pour favoriser l’isolement des événements. Mais comme ce rapport a aussi affirmé que l’Iran n’avait rien à voir avec ce soulèvement, la raison de leur présence n’est de toute façon pas justifiée : juridiquement parlant, elles ne peuvent intervenir qu’en cas de menace extérieure.

Ceux qui se révoltent sont en majorité chiites. N’est-ce pas légitime de se demander si Téhéran se cache derrière ce soulèvement ?

Au Bahreïn vous pouvez être chiite et pro-gouvernement. Comme vous pouvez être alaouites et contre le régime Al Assad en Syrie. Mais c’est un argument que le régime a vite repris et utilisé à son compte, pour diviser les citoyens. Lorsque le soulèvement a commencé, il fédérait toutes les fractions de la société, pas seulement des chiites. C’est une manipulation dommageable et dangereuse.

Au point de conduire à un affrontement direct entre chiites et sunnites ?

Si nous persistons dans l’impasse actuelle, alors oui, nous pouvons affirmer qu’une épidémie de violences sectaires est possible, et pourrait se propager au niveau régional.

Et vous-même, êtes-vous proche d’un mouvement religieux ?

En tant que militante pour les droits humains, je ne me considère pas comme membre de l’opposition ou d’une confession. Mais plusieurs membres de ma famille ont été arrêtés et torturés. Emprisonné, mon père, Abdulhadi Al Khawaja, est en grève de la faim depuis le 29 janvier dernier. Il avait l’habitude de venir prendre la parole à l’ONU en tant que défenseur des droits humains. Mon père est, je pense, l’exemple parfait des failles et de l’échec du système international, qui l’a complètement abandonné alors qu’il a justement été créé pour protéger des gens comme lui, qui ont passé leur vie à sauver celle des autres.

Peut-on s’attendre à une révolution laïque au Bahreïn ?

C’est l’un des points incroyables de cette révolution : bien que les Bahreïniens soient un peuple très religieux, ils demandent un gouvernement civil et laïc qui institutionnaliserait les droits humains. Depuis le tout début je répète que ce soulèvement est une opportunité en or pour faire ce pas historique. Tout ce dont nous avons besoin est une aide extérieure pour faire cesser les violations des droits humains ; à partir de là, le peuple du Bahreïn peut faire le reste.

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