Un an que Bruno Manser a disparu !

Carole Vann - InfoSud
23 mai 01 - Il avait décidé de gravir la montagne sacrée des Penan. C’est apparemment là que l’écologiste suisse en lutte contre le déboisement de Sarawak (Malaisie) s’est évaporé mystérieusement le 25 mai 2000. Un envoyé spécial du Tages Anzeiger conclut à sa mort.

Il y a un an, Bruno Manser disparaissait mystérieusement dans l’épaisse forêt tropicale de Sarawak, la partie malaisienne de l’île de Bornéo. L’écologiste bâlois s’apprêtait alors à gra-vir une fois de plus le mont Batu Lawi, la montagne sacrée des indiens Penan, une tribu no-made qu’il défendait corps et âme. Cette montagne se dresse droit vers le ciel tel un pic au milieu de la jungle, avec de chaque côté d’abruptes parois rocheuses. Durant les mois qui ont suivi sa disparition, des équipes se sont mises à sa recherche. Tout d’abord, les Penan, qui connaissent chaque recoin de leur forêt, ont ratissé leur territoire. Puis les amis du BMF (Bruno-Manser-Fonds) ont envoyé une expédition à Sarawak. En décembre 2000, le guide de montagne suisse Dario Schwoerer survolait le mont Batu Lawi en quête d’éventuelles traces de Manser visibles depuis les airs. En vain. Dernièrement, le magazine alémanique Tages-Anzeiger a envoyé Till Linke (le premier journaliste suisse à s’être rendu sur les lieux). Ce dernier a suivi les traces du Bâlois et a rencontré tous ceux qui ont été en contact avec lui avant sa disparition. Dans son dernier message adressé à la rédaction, ce reporter conclut à la mort de Bruno Manser.

« Till Linke ne fait que répéter ce que nous affirmons depuis novembre dernier, commente John Künzli, l’un des responsables du BMF et ami intime de Bruno Manser. Même si nous n’avons aucune preuve définitive. La seule possibilité qu’il soit vivant serait qu’il ait choisi de disparaître dans un acte d’appel à la conscience. Mais cela ne colle pas avec sa logique et en tout cas pas avec l’accord passé avec la fondation ». De mi décembre 2’000 à mi janvier 2’001, un Européen connaissant les lieux et les dialectes de la région a parcouru toute la zone à pied, rapportant plusieurs témoignages, notamment des deux derniers Penan, Akit et Paleu, qui ont été en contact avec Bruno. Ceux-ci l’ont vu franchir la frontière depuis l’Indonésie à la fin mai 2’000. Akit s’est entretenu avec lui dans la nuit du 23 au 24 mai à Bareo. Bruno cherchait, en vain, un guide penan pour poursuivre son chemin. Paleu, lui, a rencontré Bruno au matin du 24 mai, sur la route de Long Semirang. Il l’a aidé, le jour suivant, à franchir la ligne de partage des eaux, au-dessus du fleuve Semi-rang. Ils se sont alors séparés et Bruno se serait dirigé vers un groupe nomade vivant près du fleuve Adang.

La thèse de l’accident (chute mortelle du mont Batu Lavi ou morsure fatale d’un serpent dans la jungle) ne peut pas être complètement exclue bien que les Penan affirment qu’ils auraient alors retrouvé son corps ou des indices. De leur côté, les proches de Bruno sont certains de deux choses. Il n’a pas disparu volontairement pour un coup d’éclat, comme l’ont supposé certains médias. Il ne se trouve pas non plus dans les geôles du Sarawak. Le Département fédéral des affaires étrangères a procédé à des investigations très sérieuses. D’ailleurs, lors-qu’il avait été interpellé par les autorités malaisiennes en1999, il a été extradé sur-le-champ.

Pourtant Bruno Manser dérangeait fortement le gouvernement malaisien, qui le taxait de dangereux agitateur, et d’ennemi du développement. Sa tête mise à prix constituait une ré-elle menace à sa vie, selon ses proches. Cela n’a pas empêché l’écologiste de retourner plusieurs fois clandestinement à Bornéo en passant par l’Indonésie. La dernière fois, c’était en février 2’000. Deux mois plus tard, il disparaissait, laissant une lettre datée du 23 mai qu’a reçue son amie suisse.

InfoSud / Carole Vann

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