Un courant d’empathie serait-il né entre l’Occident et le monde arabe ?

Rahim Kanani Photo:DR
2 juin 11 - Les réseaux sociaux sur Internet ont-ils engendré, chez les Occidentaux, un courant d’empathie pour les citoyens du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ? Le point de vue de Rahim Kanani, fondateur et rédacteur en chef de World Affairs Commentary.

Cambridge (Massachussetts) Rahim Kanani/CGNews - A force de lire, d’entendre, de regarder ce qui arrive à des gens ordinaires en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Bahreïn, en Syrie et au Yémen, les Occidentaux sont en train de se rendre compte que les désirs et les besoins des êtres humains – qu’ils soient en Amérique du Nord, au Maghreb ou au Moyen-Orient – sont les mêmes. Aujourd’hui, en Occident, où la liberté et les droits humains sont respectés, les gens éprouvent de l’empathie pour les citoyens du monde arabe, qui se révoltent contre des régimes oppressifs et luttent pour leur liberté et leurs droits.

Désormais, il est évident que ces révolutions n’ont pas pour but d’imposer une forme de religion – contrairement à ce que craignait un certain nombre d’Occidentaux. On sait maintenant que l’objectif des manifestants est d’obtenir simplement des libertés et des droits dont ils sont privés. De ce fait, il y a de grandes chances qu’un changement radical se produise dans notre perception de « l’autre », et peut-être même, qu’un jour, les gens ordinaires du monde arabe et d’Occident entretiendront de nouveaux rapports.

Si tout cela est possible, c’est grâce à un éventail de facteurs liés à la mondialisation. Les liens d’interdépendance sont de plus en plus étroits sur le plan économique, social, politique et sécuritaire. Par ailleurs, nous vivons à une époque où l’information numérique permet parfois d’accéder à des secrets d’Etat, et où les grandes manifestations s’organisent à travers les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter tout en étant retransmises en direct à la télévision.

Ces instruments de la mondialisation ont permis d’humaniser l’Autre. Les gens voient qu’ils ont les mêmes idéaux que des personnes qu’ils n’ont jamais rencontrées. Par exemple, de nombreux Occidentaux ont été profondément touchés par Wael Ghonim, jeune cadre chez Google et figure de la révolte égyptienne, lors de son interview sur CNN, dans laquelle il fait un plaidoyer poignant pour la liberté de son peuple. Ces aperçus, à la fois lointains et intimes, que la télévision nous transmet en direct, peuvent ouvrir des portes, des portes menant à des dialogues, qui permettent d’aborder une multitude de problèmes entre « nous » et « eux ».

La tolérance commence par la compréhension. La compréhension commence par le dialogue. Le dialogue commence par l’ouverture sur l’autre et celle-ci commence par le contact. Or à l’ère de l’Internet et des moyens de communication révolutionnaires dans laquelle nous vivons, le processus - du contact à la tolérance - a nettement raccourci. L’expérience intellectuelle et émotionnelle que vivent les gens ordinaires en s’identifiant à des personnes qui se trouvent pratiquement à l’autre bout du monde, et avec lesquelles ils pensaient ne rien avoir en commun, est un élément décisif dans le parcours qui devrait aboutir à l’acceptation et à la compréhension de l’autre.

En tant que jeune musulman ismaélien, né au Canada et vivant aux Etats-Unis, je ressens une énorme joie et beaucoup de fierté, en voyant les transformations qui sont en cours dans les sociétés du Moyen-Orient et du Maghreb. Les personnes que je côtoie éprouvent la même chose que moi, grâce à l’afflux d’informations dont nous disposons. Par ailleurs, je crois que ceux qui se battent pour changer les choses et prendre leur destin en main, savent désormais qu’une société libre et démocratique doit non seulement respecter certains principes élémentaires - la liberté d’expression et des médias, droit à un jugement équitable, Etat de droit et élections libres et équitables - mais aussi garantir le droit de pratiquer une religion sans se sentir menacé.

Au Yémen, le président Ali Abdullah Saleh a récemment déclaré que la participation des femmes aux manifestations était anti-islamique. Paradoxalement, cette déclaration encourage d’autant plus celles-ci à manifester et à montrer que les musulmanes du Yémen n’apprécient pas qu’on leur dicte leurs actions. Sans les images diffusées par les chaînes de télévision, les journaux et les sites Internet montrant des femmes yéménites défiant l’autorité, la plupart des Occidentaux continueraient à avoir une vision différente de celles-ci et les croiraient plus soumises.

La vague de révoltes qui sévit dans le monde arabe a donné aux Occidentaux une nouvelle image de cette région, une image qui n’est pas imprégnée de violence et d’extrémisme, et qui pour une fois met en valeur nos points communs - notamment le même désir de liberté et la même appréciation de celle-ci. La nouvelle donne va potentiellement nous rapprocher, en tant que membres de la grande famille humaine ; elle va aussi encourager un dialogue plus attentionné, plus nuancé et plus respectueux par rapport à nos croyances, à nos traditions et à nos cultures respectives.


Rahim Kanani est le fondateur et le rédacteur en chef de World Affairs Commentary. Cet article, rédigé pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews), fait partie d’une série spéciale sur la mondialisation et le pluralisme religieux.

Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews) 27 mai 2011, www.commongroundnews.org.

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