Les Irakiens quittent le navire

swissinfo.ch
Réfugiés irakiens à la frontière jordanienne. Photo : Maria Font de Matas/IRIN
7 mars 07 - Les autorités suisses ont fait part de leur inquiétude quant à la détérioration de la situation humanitaire en Irak et à l’afflux de réfugiés.

Simon Bradley - Des millions d’Irakiens ont fui leur foyer en raison de la violence. Et l’exode continue : près de 50’000 Irakiens émigrent chaque mois, selon les Nations Unies.

« C’est un problème humanitaire très sérieux, indique à swissinfo Toni Frisch, délégué du gouvernement suisse à l’aide humanitaire. Le problème est que je ne vois aucune amélioration. Il faut s’attendre à ce que cela continue. »

Ces derniers mois, le nombre d’Irakiens fuyant leur pays pour rejoindre principalement les pays limitrophes a dépassé la barre des deux millions. Plus de 1,8 million de personnes ont par ailleurs été déplacées à l’intérieur même de l’Irak, selon des estimations de l’ONU. Il s’agit du plus important flux migratoire enregistré dans la région depuis presque 60 ans.

Le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) relève que la situation est « grave » et « en voie de détérioration ». Il estime que les Etats devraient prendre en charge la protection des demandeurs d’asile irakiens sur leur propre territoire.

Le HCR a en outre lancé un appel afin d’obtenir 73,5 millions de francs d’aide d’urgence et prévoit d’organiser une conférence internationale portant sur le thème des réfugiés irakiens à Genève en avril.

Une population vulnérable

La spirale des violences et la guerre civile menaçante ont rendu la vie en Irak précaire. « Les conditions de vie de la population se sont dégradées. La situation est aujourd’hui alarmante », témoigne Barbara Dätwyler, de la Direction suisse du développement et de la coopération (DDC).

« La plupart des Irakiens n’ont pas accès à l’eau potable ni au système sanitaire, poursuit-elle. La malnutrition infantile est un problème très sérieux et de nombreux enfants ne se rendent pas à l’école en raison de l’insécurité. »

Cette situation pousse un nombre toujours plus grand d’Irakiens à quitter le pays. D’où un manque flagrant de personnel lorsqu’il s’agit de reconstruire les infrastructures et de faire marcher les commerces, les écoles et les hôpitaux.

Des voisins sous pression

Au moins un million d’Irakiens se seraient réfugiés en Syrie, 750’000 autres en Jordanie et des dizaines de milliers en Egypte, en Iran, au Liban et en Turquie, mettant les pays hôtes sous pression.

La plupart de ces réfugiés vivent en effet dans des condition de très grande pauvreté. « Les femmes qui ont une famille à charge courent les plus grands risques », souligne Barbara Dätwyler. « Certains témoignages font état de violences et de contraintes sexuelles. »

En ce qui concerne la DDC, elle est toujours dans l’impossibilité de travailler en Irak à cause de la situation instable en matière de sécurité. Mais elle est néanmoins présente par le biais d’organisations telles que Première Urgence et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

En 2007, les autorités suisses vont par ailleurs financer des projets visant à mettre en place des infrastructures destinées à améliorer l’approvisionnement en eau potable et en installations sanitaires, ainsi qu’à permettre le développement d’activités hospitalières de base.

Au niveau local, des agences irakiennes seront aussi créées par l’intermédiaire du comité de coordination des ONG en Irak. Au total, le budget de la DDC pour l’Irak se monte à 1,5 millions de francs.

En Syrie et en Jordanie, la DDC soutient par ailleurs le programme du HCR pour les réfugiés. Elle a également envoyé des experts en Jordanie et prévoit de faire de même en Syrie, ceci pour un montant de 2,5 millions de francs.

Peu d’Irakiens en Suisse

Alors que le nombre d’émigrés irakiens à venir chercher refuge en Europe était peu élevé ces dernières années, 20’000 d’entre eux ont demandé l’asile dans un pays de l’UE l’an dernier. Ce nombre est en augmentation constante.

En ce qui concerne la Suisse, le nombre d’Irakiens qui y ont demandé l’asile reste relativement bas. Selon l’Office fédéral des migrations, 3657 demandes sont actuellement en cours d’examen.

L’an dernier, les nouvelles demandes ont doublé par rapport à 2005, passant à 816. Mais cela reste peu comparé à celles enregistrées par des pays comme la Suède, qui a accueilli près de la moitié des réfugiés irakiens en Europe - soit plus de 9000.

L’Office fédéral des migrations ne s’attend pas à une hausse des demandes. La communauté irakienne en Suisse est en effet assez restreinte. « Il est plus important de donner aux réfugiés la possibilité de rester dans la région », estime quant à elle Brigitte Hauser, porte-parole de l’Office fédéral des migrations.

« La Suisse n’est pas précisément un pays facile à atteindre, souligne pour sa part Yann Golay, porte-parole de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). Ce nombre en baisse reflète la tendance générale des demandes d’asile enregistrées en Suisse ces dernières années. »

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